La tarification bancaire en cas d'incidents de paiement

Fiche pratique J 267


La question des frais bancaires est un sujet récurrent au cœur de la relation banques/clients.

 

La gestion des incidents bancaires est une source de revenus importante pour les banques, car elle entraîne la facturation de frais élevés.

 

Le législateur est intervenu à plusieurs reprises pour améliorer la lisibilité et la transparence des tarifs bancaires.

 

Comment sont fixés les tarifs bancaires ? De quelle manière est délivrée l'information tarifaire ?

 

Cette fiche de l'INC fait le point sur les différentes questions que vous vous posez à ce sujet.

 

 

1 - LA FIXATION DES TARIFS BANCAIRES
La liberté des tarifs
Le plafonnement des frais bancaires liés aux incidents de paiement
 
2 - L'INFORMATION SUR LES TARIFS
L'information tarifaire générale
L'information spécifique relative aux incidents de paiement
 

 

1  - LA FIXATION DES TARIFS BANCAIRES

La liberté des tarifs
Les établissements bancaires sont libres de déterminer leurs tarifs. Ceux-ci varient donc d'un réseau à l'autre, mais aussi selon les régions au sein des réseaux mutualistes ou coopératifs (Crédit mutuel, Crédit agricole…).
 
Il est donc conseillé de prendre le temps de comparer les plaquettes tarifaires avant de choisir sa banque. Vous pourrez ainsi connaître les tarifs pratiqués pour l'utilisation de produits ou services bancaires, mais aussi ceux appliqués en cas d'incidents de fonctionnement (rejet de chèque, de prélèvement…).
 
Il existe toutefois une limite au principe de la liberté tarifaire : les tarifs bancaires liés aux incidents de paiement sont légalement plafonnés.
 

Le plafonnement des frais bancaires liés aux incidents de paiement

Qu'est-ce qu'un incident de paiement ?
Constitue un incident de paiement tout rejet par la banque d'un ordre de paiement par chèque, virement, prélèvement ou carte pour défaut ou insuffisance de provision sur le compte bancaire ainsi que toute position débitrice non autorisée (article D. 133-5 du code monétaire et financier). Le compte n'est pas suffisamment créditeur pour permettre le paiement.

 
Qu'est-ce qu'un découvert ?
Un découvert correspond à un solde négatif de votre compte bancaire.
 
Le découvert peut être prévu et négocié avec votre banque : il s'agit alors d'un découvert autorisé. La banque accepte les paiements jusqu'au plafond du découvert même si votre compte est débiteur. Vous devez signer une autorisation de découvert. En contrepartie, vous payez des agios ou intérêts débiteurs.
 
Si le découvert n'est pas prévu avec votre banque ou si le montant du découvert autorisé est dépassé, vous risquez un incident de paiement. Votre banque peut alors rejeter le paiement d'un chèque, d'un prélèvement… ce qui entraîne des frais d'incidents de paiement, voire des sanctions. Les frais de rejet sont variables selon les établissements bancaires et les moyens de paiement.
 
Afin de clarifier et limiter les frais en cas de difficultés financières, le décret n° 2007-1611 du 15 novembre 2007 a prévu un plafonnement des frais bancaires applicables aux incidents de paiement.
 

Il existe deux types de frais :
 
En cas de rejet d'un chèque, l'ensemble des frais de toute nature perçus par l'établissement bancaire ne peut excéder un certain plafond en fonction du montant du chèque (article D. 131-25 du code monétaire et financier) :

 

  • le montant maximum des frais bancaires est de 30 euros en cas de rejet d'un chèque d'un montant inférieur ou égal à 50 euros,
  • il est de 50 euros en cas de chèque rejeté d'un montant supérieur à 50 euros.

Dans ces frais, sont compris :

 

  • les frais engendrés par l'obligation d'information préalable du titulaire du compte du défaut de provision dès qu'un incident de paiement est constitué,
  • la facturation de l'envoi d'une lettre d'injonction ou de rejet de chèque ou d'une commission d'incident.

  Constitue un incident de paiement unique le rejet d'un chèque présenté au paiement à plusieurs reprises dans les 30 jours suivant le premier rejet. Les frais ne sont alors perçus qu'une fois.
 
En cas de rejet d'un virement ou d'un prélèvement,le montant des frais bancaires ne peut pas excéder le montant de l'ordre de paiement rejeté et est plafonné à 20 euros (article D. 136-6 du code monétaire et financier).
 
Le total des sommes prélevées au titre des incidents de paiement est reporté sur le document récapitulatif annuel des frais bancaires adressé par la banque le plus souvent en décembre ou janvier.

 
Le plafonnement des commissions d'intervention
 
Qu'est-ce qu'une commission d'intervention ?
Lorsqu'une banque accepte une opération débitrice qui met le compte bancaire en situation d'irrégularité de fonctionnement (insuffisance de provision…) soit parce que le plafond du découvert autorisé est dépassé, soit parce que le compte est à découvert sans autorisation, elle va prélever en plus des agios ou intérêts débiteurs liés au découvert, des frais appelés "commissions d'intervention".

 
Ces commissions d'intervention peuvent être comprises dans d'autres frais pour incidents comme le rejet de prélèvement pour solde insuffisant ou le rejet d'un chèque sans provision.

 
Ces frais, qui sont en moyenne de 8 euros par opération, peuvent conduire à aggraver lourdement la situation financière du client, d'autant qu'ils s'ajoutent aux agios de son découvert.

 

Pour justifier la perception de ces frais, la Fédération bancaire française estime que "la commission d'intervention correspond à l'examen du compte et de la situation financière du client fait par la banque avant de décider d'accepter ou non le paiement de l'opération" : il y a ainsi un traitement particulier du compte.
 
Ces pratiques ont été dénoncées et contestées depuis plusieurs années notamment par les associations de consommateurs, et l'Institut national de la consommation (60 millions de consommateurs).
 
Mais depuis le 1er janvier 2014, les montants des commissions d'intervention prélevés par les banques sont plafonnés.
 
La loi n° 2013-672 du 26 juillet 2013 de séparation et de régulation des activités bancaires a introduit le principe d'un plafonnement (article 52), par opération et par mois, du montant des commissions d'intervention facturées aux particuliers, ainsi qu'un plafonnement spécifique pour les clients en "situation de fragilité financière".
 
Cela a été codifié à l'article L. 312-1-3 du code monétaire et financier.

 
Les plafonds ont été fixés par le décret n° 2013-931 du 17 octobre 2013 :

 

Ce double plafond est entré en vigueur depuis le 1er janvier 2014.
 
L'article R.312-4-3 du code monétaire et financier détaille les éléments permettant d'apprécier la situation de fragilité financière d'une personne.
 
Il liste également le contenu des services compris dans l'offre spécifique bancaire qui doit être proposée aux personnes en situation de fragilité financière (article R.312-4-3-III du code monétaire et financier). Le tarif applicable à cette offre est fixé à 3 euros.
 
Rappel : Depuis le 1er juillet 2010, les pénalités libératoires dues à l'Etat liées à l'émission d'un chèque sans provision sont supprimées. Le client doit désormais uniquement s'acquitter des frais de traitement prélevés par la banque.
 

Récapitulatifs

Plafonds de frais pour chèque sans provision

 

Montant du chèque rejeté Frais maximum
Inférieur ou égal à 50 € 30 €
Supérieur à 50 € 50 €

 

 

Plafonds des frais pour dépassement de découvert

 

Profil du client Frais maximum par opération Frais maximum par mois
Classique 8 € 80 €
Fragile 4 € 20 €

 

  En cas d'émission de chèque sans provision, en plus des frais, des sanctions sont applicables : la personne qui a émis un chèque sans provision peut se retrouver interdit bancaire, c'est-à-dire qu'elle ne peut plus émettre de chèque pendant 5 ans maximum, sauf régularisation (article L. 131-78 du code monétaire et financier).
 
En cas de non-respect, des sanctions pénales sont prévues, notamment une amende pouvant aller jusqu'à 375 000 €.
 
L'interdiction est générale : elle s'applique à tous les comptes du client, dans toutes ses banques ou établissements financiers.
 
En cas de compte joint et en l'absence de désignation préalable d'un responsable du compte, l'interdiction s'étend à l'ensemble des titulaires du compte ainsi qu'à l'ensemble des comptes personnels détenus dans toutes les banques (article L. 131-80 du code monétaire et financier).
 
Cette interdiction est enregistrée pendant 5 ans au fichier central des chèques (FCC) consultable par les établissements bancaires (article L. 131-78 du code monétaire et financier).
 
  Un chèque dont le montant est inférieur à 15 € doit obligatoirement être payé par le banquier quel que soit le solde du compte (article L. 131-82 du code monétaire et financier).

 

 

2 - L'INFORMATION SUR LES TARIFS BANCAIRES

L'information tarifaire générale
De manière générale, les établissements bancaires doivent conformément à l'article L. 312-1-1 du code monétaire et financier et à l'arrêté du 29 juillet 2009 :

 

  • afficher leurs tarifs à la vue du public dans toutes leurs agences (affichage),
  • mettre à la disposition de leurs clients des dépliants récapitulatifs de ces conditions générales de banque (plaquettes tarifaires) en agence et sur leur site web.

En cas de modification des tarifs, les banques doivent en avertir leurs clients sur un support papier ou durable (courriel par exemple) au moins 2 mois avant la date d'application. A défaut de contestation, cela vaut acceptation par le client des nouveaux tarifs (article L. 314-13, III du code monétaire et financier).
 
Si le client n'accepte pas ces nouveaux tarifs, il peut résilier le contrat (clôture du compte) sans frais avant l'application des nouveaux tarifs.

 
Depuis 2008, les banques se sont engagées à améliorer l'information et la transparence tarifaire. Ainsi, l'information tarifaire a été clarifiée à plusieurs reprises :

 

  • les frais bancaires doivent apparaître de manière plus distincte sur les relevés de compte grâce à un code visuel variable selon les banques (astérisque, pictogramme…),
  • depuis 2009, les particuliers doivent recevoir un récapitulatif annuel détaillé des frais perçus sur l'année par leur banque au titre de la gestion du compte (en décembre ou janvier),
  • depuis le 30 juin 2011, le total mensuel des frais bancaires ainsi que le plafond de l'autorisation de découvert doivent figurer spécifiquement sur les relevés de compte, en vertu d'une norme professionnelle de la Fédération bancaire française (FBF).

De plus, pour faciliter la comparaison des tarifs, les banques se sont engagées, depuis 2011, à faire figurer en tête de leurs plaquettes tarifaires une liste standard des tarifs des 10 puis 11 services les plus courants, à savoir :

 

  • abonnement pour gérer ses comptes sur internet ;
  • alertes sur la situation du compte par SMS ;
  • carte de paiement internationale à débit immédiat ;
  • carte de paiement internationale à débit différé ;
  • carte de paiement à autorisation systématique ;
  • retrait en euros dans un DAB d'un autre établissement de la zone euro ;
  • virement sepa occasionnel externe dans la zone euro ;
  • frais de prélèvement ;
  • commission d'intervention ;
  • assurance perte ou vol des moyens de paiement ;
  • frais de tenue de compte.

Les plaquettes tarifaires sont présentées selon un sommaire-type et les termes employés par les banques pour leurs produits et services ont été harmonisés. Ainsi les banques ont harmonisé leurs brochures tarifaires, en utilisant notamment le terme unique de "commission d'intervention",  à la place de "frais de forçage" ou "frais d'intervention".
 
Le décret n° 2014-373 du 27 mars 2014 détermine la dénomination commune des principaux frais et services bancaires, codifié à l'article D. 312-1-1 du code monétaire et financier.
 
Enfin, le Comité consultatif du secteur financier (CCSF) a mis en place en 2011 un Observatoire des tarifs bancaires, afin de vérifier l'application des engagements pris par les banques en matière de transparence. Il édite désormais chaque année un  rapport sur les tarifs moyens des banques françaises afin de permettre la comparaison des tarifs de votre banque à ceux du marché.
 

L'information spécifique du titulaire du compte en cas d'incident de paiement

 

L'information préalable relative aux frais pour incidents de paiement
Les banques doivent, depuis le 1er janvier 2016, informer leurs clients, par l'intermédiaire de leur relevé de compte, du montant des frais bancaires liés à des irrégularités et des incidents de paiement avant le prélèvement sur le compte.

 
L'article 66 de la loi n° 2013-672 du 26 juillet 2013 de séparation et de régulation des activités bancaires, codifié à l'article L. 312-1-5 du code monétaire et financier, oblige les banques à informer gratuitement chaque client, au moins 14 jours avant leur débit, des frais pour irrégularités et incidents de paiement qu'elle s'apprête à prélever sur son compte.

 
Le décret n° 2014-739 du 30 juin 2014, codifié à l'article R. 312-1-2 du code monétaire et financier, précise la liste des frais bancaires liés aux irrégularités de fonctionnement d'un compte et incidents qui font l'objet d'une information préalable gratuite du client (par exemple, commissions d'intervention, frais de lettre d'information préalable pour chèques sans provision...).

 
Jusqu'alors, les clients n'étaient avertis qu'a posteriori, c'est-à-dire une fois le prélèvement des frais effectué. Cette information préalable était demandée depuis plusieurs années par les associations de consommateurs.
 
L'information pourra être donnée par l'intermédiaire du relevé de compte ou par tout autre moyen.
 

L'information avant le rejet
En cas de chèque sans provision, la banque doit obligatoirement vous informer "par tout moyen approprié" des conséquences d'un défaut de provision. Cela vous permet si vous le pouvez de réapprovisionner votre compte rapidement afin d'éviter l'incident de paiement (article L. 131-73 du code monétaire et financier).
 
Elle a l'obligation de vous adresser un courrier postal qui vous sera généralement facturé : il s'agit de la lettre d'information préalable.
 
En cas de virement ou prélèvement, la banque n'est pas obligée de vous informer au préalable de son intention de rejeter l'ordre.
 

La régularisation de l'incident
Dès lors que vous êtes informé de l'incident, vous devez régulariser votre situation par rapport à votre créancier :

 

  • soit, après réapprovisionnement du compte, grâce à une nouvelle présentation de l'ordre de paiement ;
  • soit par acquittement direct des sommes dûes auprès du créancier, par tout moyen.

Dans ce cas, exigez toujours la remise d'un récépissé prouvant votre régularisation.
 
A défaut, vous pouvez être poursuivi judiciairement par votre créancier et risquer des sanctions en cas de chèque sans provision. L'interdiction bancaire est une interdiction d'émettre des chèques. Cette interdiction s'étend à tous les titulaires du compte en cas de compte joint ainsi qu'à l'ensemble des comptes de l'interdit bancaire (voir partie "Compte joint").
 

L'information après le rejet
S'il n'y a pas de régularisation, le chèque est rejeté. La banque doit vous envoyer une lettre d'injonction, souvent facturée, de ne plus émettre de chèque et vous demander de lui restituer les formules de chèques encore à votre disposition. 

 
Ce courrier vous informe de votre interdiction d'émettre des chèques pendant 5 ans, de votre inscription au Fichier central des chèques (FCC) de la Banque de France, et des moyens de régulariser votre situation.

 
Pour un premier rejet, le courrier est généralement en lettre recommandée avec accusé de réception, pour les autres, il s'agit d'un courrier simple.
 
En cas de chèque sans provision ou de prélèvement rejeté, vous devez être informé dans des délais brefs par la banque ou par la personne désignée comme bénéficiaire du paiement.
 
En cas de virement rejeté, la banque n'est pas tenue de vous adresser un courrier. Vous pouvez donc être informé tardivement de l'incident, lors de la consultation de vos comptes.
 

L'enregistrement de l'incident
L'inscription des incidents de paiement non résolus peut être conservée pendant 5 ans :

 

  • dans les fichiers privés de la banque concernée ;
  • dans le fichier central des chèques (FCC) et le fichier national des chèques irréguliers (FNCI), en cas de chèque sans provision ;
  • dans le fichier des incidents de remboursement des crédits aux particuliers (FICP), en cas d'impayés relatifs à des échéances de crédit.

Après régularisation, les incidents de paiement ne peuvent plus être conservés que dans les fichiers privés de la banque.

 
En cas de maintien dans le fichier, vous devez vous adresser à votre banque, puis dans un second temps au médiateur de votre banque. Pour connaître les coordonnées de ce dernier, consultez votre convention de compte, votre relevé de compte ou le site web de votre banque. Si votre demande n'aboutit pas, vous pouvez déposer une plainte auprès de la CNIL.

 
> Pour plus d'informations, visiter le site de la CNIL.

 

 

Corinne Lamoussière-Pouvreau,
juriste à l'Institut national de la consommation
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