Pour l'association de consommateurs Adéic, le rapport de la commission Attali s'apparente à un grand de livre de cuisine qui proposerait une multitude de recettes pour toutes les bourses et pour tous les régimes mais qui ne viserait qu'un but : avaler plus pour croître plus.
Comme en cuisine, il y a donc du bon, du mauvais et des manques.
A priori, et sous réserve d'un examen approfondi des options retenues, les consommateurs ne peuvent que soutenir les propositions d'investissements dans les secteurs d'avenir et dans les technologies numériques. Il en est de même pour la réforme de certains atypismes français en réduisant les privilèges qu'ont accumulés de nombreuses professions réglementées.
A contrario, renforcer les moyens et les pouvoirs des grandes entreprises sur l'ensemble des petits fournisseurs et petits commerçants est sans surprise, sauf pour les naïfs, compte tenu de la composition de la commission Attali. Le corporatisme sans vergogne des représentants des grandes entreprises françaises et européennes offre un grandiose feu d'artifice anti-législation, pour tenter de faire oublier qu'entre le faible et le fort, la loi protège et la liberté opprime.
Plus grave, la protection des consommateurs est présentée comme un handicap à la croissance. Fait significatif : le démantèlement de l'administration chargée de cette protection (DGCCRF) est proposé. Pour camoufler cette ligne directrice de déprotection des citoyens, il est une nouvelle fois offert, en compensation, d'une part, une "toujours remise à plus tard" action collective présentée comme recette miracle à tous les problèmes de relations entre professionnels et consommateurs et d'autre part les bénéfices incantatoires de la concurrence. Sur ce dernier aspect, la commission Attali n'a pas un seul instant cherché à comprendre l'échec cuisant des deux dernières ouvertures à la concurrence dans les secteurs des renseignements téléphoniques et de l'énergie. Pourtant, dans leur écrasante majorité, les citoyens ont fait connaître leur opinion et leur attachement au maintien de grands secteurs publics, absents notoires des travaux de cette commission.
Oubliées aussi dans cette commission les propositions que notre pays pourrait faire à l'Union Européenne pour améliorer la situation de tous les Européens et pas seulement ceux du village gaulois d'Astérix.
Volontairement ignorée, aussi, l'évidente contradiction entre les propositions issues du Grenelle de l'environnement, déjà connues, et celles de la commission Attali.
Enfin, comme la commission l'a reconnu dans son rapport, dès son introduction, la question de "la croissance pour qui ?" et donc de la répartition des fruits de la croissance éventuelle n'était pas sa préoccupation. Cette fausse indifférence sur cette question, pourtant essentielle, autorise un décodage très instructif d'un grand nombre de mesures.
L'Adéic espère que les élus de la Nation sauront faire prévaloir leur légitimité, leur écoute des citoyens dans les nombreuses enceintes de concertation, leurs engagements européens, leur sens de l'intérêt général et leur sagesse sans se contenter de jouer le rôle de serveurs des plats proposés dans les arrière- cuisines des multiples commissions désignées on ne sait par qui. La vie démocratique a besoin de tous, notamment des associations de consommateurs, et ne peut pas être confisquée par quelques dirigeants d'entreprises invités dans des enceintes créées hors des lois de la République.
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