Les premières structures
Cette même année 1960, le Comité national de la consommation (CNC) est créé afin d'assurer "une confrontation permanente des représentants des pouvoirs publics et des représentants des intérêts collectifs des consommateurs". Il est paritairement composé de vingt-deux personnes.
En 1961 paraît le premier numéro de Que Choisir, édité par l'UFC.
En 1966, une nouvelle étape est franchie avec la naissance de l'Institut national de la consommation. (INC),"Centre technique de recherche d'information et d'étude" mis à la disposition du CNC, des groupements de consommateurs et des pouvoirs publics.
L'émergence de ces deux organismes est encouragée par ce qui se passe aux États-Unis où le consumérisme affiche de plus en plus son activisme. En 1962, le président John Fitzgerald Kennedy avait ouvert la voie en définissant les principaux droits des consommateurs : le "droit à la sécurité", le "droit d'être entendu", le "droit d'être informé" et le "droit de choisir".
Vers la fin des années 60, le mouvement français s'installe dans les régions avec la création des premières Unions régionales d'organisations de consommateurs (UROC), devenues, par la suite, Centres techniques régionaux de la consommation (CTRC).
Les années d'orLes années 70 marquent l'âge d'or du mouvement consumériste. Celui-ci se bat pour faire admettre son indépendance aux pouvoirs publics et obtenir la reconnaissance de la fonction consommation.
Pendant cette période, un second média consumériste paraît : 50 Millions de consommateurs (décembre 1970), créé par l'INC.
Ses enquêtes, celles de Que Choisir, ainsi que l'action sur le terrain des associations conduisent à de nombreuses campagnes contre des produits (colorants, casques moto, veau aux hormones…) et autres dénonciations (pollution des plages...).
À l'image des États-Unis, où l'avocat Ralph Nader fait voter des réformes au Congrès en s'appuyant sur les médias et l'opinion publique, le mouvement associatif français se transforme en groupe de pression.
En 1976, les pouvoirs publics lui offrent un interlocuteur privilégié avec la nomination d'un secrétaire d'État à la Consommation.
Cette institutionnalisation avait été stimulée quelques années avant au niveau communautaire. Le Sommet de Paris, réunissant en 1972 les chefs d'État et de gouvernement européens, mettait l'accent sur la "qualité de la vie" (consommation, environnement…).
C'est à partir des années 70 que les grands textes réglementaires - sur le démarchage à domicile, la publicité, le crédit, l'information du consommateur, la sécurité… - ont été édictés, la protection du consommateur ayant toujours une place dans les gouvernements en France.
Les années consolidationLes années 80 sont celles de la reconnaissance de la consommation comme fonction économique et, surtout, de la reconnaissance des associations de consommateurs : elles étaient jusqu'ici une douzaine à être reconnues par le CNC, leur nombre passe à vingt pendant cette période.
De même, en 1981, un véritable ministère est attribué à la consommation (toujours sous l'égide du ministère de l'Économie). Les consommateurs sont ainsi considérés comme des partenaires économiques. Jacques Delors, ministre de l'Économie, déclare : "La politique de la consommation est inséparable d'une politique économique et sociale d'ensemble ; elle est un volet essentiel de la politique de défense du pouvoir d'achat".
En 1983, l'INC est régi par un nouveau décret qui ne prévoit plus de représentation des professionnels au sein de son conseil d'administration. L'influence des associations est ainsi renforcée.
En 1987, le mouvement consommateur conforte sa présence locale, avec la création des Comités départementaux de la consommation.
En 1990, l'INC - établissement public "administratif" - devient établissement public "industriel et commercial".
Cinq ans plus tard, "50 Millions" se transforme en "60 Millions de consommateurs".
La situation actuelleLes années 1990-2000 sont celles des nouvelles interrogations pour le mouvement consommateur. Les grands textes ont été votés, leur regroupement dans un Code de la consommation les a rendus plus accessibles, même s'il reste encore beaucoup à faire pour leur application. Les consommateurs sont mieux informés, notamment sur la qualité des produits et services. Les associations soutiennent désormais le développement d'une information de qualité en s'impliquant dans la certification des produits et services.
La dimension européenne des questions de consommation prenant de plus en plus d'importance, le mouvement consommateur cherche à acquérir la capacité d'agir efficacement à cette échelle.
A l'aube du XXIème siècle, les problèmes de santé, de sécurité et d'environnement tendent à prendre une importance nouvelle. La sécurité alimentaire, par exemple, suscite, en dépit de l'amélioration constatée de la qualité des produits, de nombreuses interrogations : boeuf aux hormones, développement des organismes génétiquement modifiés (OGM), vache folle... Les risques, autrefois confinés à un pays unique ou à une région, se situent de plus en plus souvent au niveau international.
La présence des consommateurs dans les réunions de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) prouve la reconnaissance du rôle économique de ces derniers. La dimension mondiale des échanges est accentuée avec le développement des nouvelles technologies de l'information, dans lesquelles le mouvement consommateur a un rôle important à jouer. Le commerce électronique en est à ses débuts et se développera d'autant plus que les consommateurs bénéficieront d'une protection au moins analogue à celle qu'ils ont dans le commerce traditionnel.