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INC Hebdo N°1525 (06/07/09)

Boire au robinet n’est pas dangereux si l’on tient compte des alertes préfectorales... qui restent rares
L’association WWF France et Guerir.fr ont lancé une campagne appelant à la vigilance les consommateurs d’eau du robinet. Mais cette alerte de santé publique ne convainc pas, car elle s’avère trop simpliste.
Le thermomètre grimpe et le besoin de s’hydrater avec. Faut-il boire au robinet ou acheter des bouteilles d’eau ? A en croire le WWF France et le médecin David Servan-Schreiber, directeur de la rédaction du site Guerir.fr, il faudrait que «les personnes malades du cancer ou qui sont passées par la maladie» ne boivent de l’eau du robinet que «si elles sont sûres de sa qualité». L’association écologiste et le site web ont lancé fin juin une vaste campagne de communication, relayée par de nombreux journaux, pour dire que «de nombreuses études établissent des liens entre cancer et polluants de l’eau ». Avec pour résultat des gros titres tels que celui du quotidien Le Parisien/Aujourd’hui en France du 23 juin : «Malades du cancer, ne buvez pas l’eau du robinet» !

Pour WWF France et Guerir.fr, il faudrait boire de l’eau en bouteille ou «s’équiper de filtres de qualité». Peut-être, mais il faudrait surtout affiner le propos pour éviter des recommandations trop générales, qui peuvent faire peur et entraîner des effets pervers sur l’environnement et la santé.

Certes, les polluants parfois présents dans l’eau sont nocifs. Lorsque les analyses présentent des quantités de pesticides, de plomb et de nitrates supérieures aux seuils réglementaires, les préfectures émettent des alertes et interdisent de boire au robinet. L’eau en bouteille devient alors indispensable.

Heureusement, dépassements et alertes sont rares. Selon un bilan du ministère de la santé, la limite légale de présence de plomb est respectée dans 97,7 % des 34 000 mesures effectuées en 2005 et 2006.

Ensuite, les 54 000 mesures de nitrates réalisées en 2006 ont abouti à un taux de conformité supérieur à 98 %. «Les auteurs de cette campagne sont bien obligés de reconnaître que l’eau du robinet est aux normes dans 98 % des cas et que seules certaines zones rurales sont ponctuellement concernées, indique François Carlier, directeur des études de l’Union fédérale des consommateurs (UFC-Que choisir). Mais, même dans ces zones, ce n’est pas en buvant quelques fois une eau remplie de nitrates qu’on s’empoisonne. Pour cela, il faudrait boire tous les jours une eau d’une telle médiocrité.» Quand des restrictions sont décidées par les préfectures, les habitants ont malgré tout intérêt à se rabattre sur l’eau en bouteille.

Pesticides et pollution
La situation est plus contrastée sur le front des pesticides. En 2007, si la conformité des eaux était «permanente» pour 90,7 % de la population, le nombre de personnes concernées par des dépassements de normes augmentait de 3 %, selon la Direction générale de la santé. Mais toutes n’ont pas dû arrêter de boire de l’eau du robinet : «seules» 93 000 d’entre elles ont été touchées par des restrictions, surtout en Seine-et-Marne, dans l’Eure-et-Loir et la Marne. «Le cœur du problème, c’est la pollution des ressources aquatiques françaises, précise François Carlier. La moitié des ressources sont de mauvaise qualité, surtout à cause de notre agriculture. Des espèces disparaissent et le traitement des eaux coûte cher aux consommateurs.» Pour lui, l’urgence est plutôt de changer les pratiques agricoles.

Plastiques toxiques
«L’eau de source en bouteille peut aussi contenir un certain nombre de polluants», rappellent France nature environnement (FNE) et Agir pour l’environnement. De plus, le plastique des bouteilles lui-même peut contaminer le liquide avec des phtalates ou de l’anti­moine (cf. INC Hebdo n° 1418). «Loin d’offrir une alternative acceptable à celle du robinet, poursuivent les deux associations, l’eau en bouteille engendre six milliards de déchets de bouteilles plastiques dont la moitié, par défaut de recyclage, est brûlée dans des incinérateurs» – contribuant ainsi au rejet de substances toxiques dans l’air, qui iront à leur tour contaminer l’environnement…

En revanche, comme l’écrit 60 Millions de consommateurs dans son numéro de juillet-août, les eaux en bouteille ont un réel intérêt pour les bébés et les personnes souhaitant bénéficier de certaines de leurs vertus diurétiques, laxatives ou d’apports en minéraux. Le magazine de l’Institut national de la consommation (INC) montre surtout qu’il faut bien regarder les étiquettes avant d’acheter. Et se méfier des formules péremptoires.


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