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INC Hebdo N°1516 (27/04/09)

La civilisation de l’automobile ferait-elle son examen de conscience ?
Des trains, tramways et métros de plus en plus fréquentés, des modèles de voitures électriques en gestation, des systèmes de covoiturage qui attirent les investisseurs... Petit tour d’horizon de la mutation dans le secteur des transports.

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INC Hebdo inaugure ici une série d'articles
sur les liens entre la consommation et le respect de l'environnement 

 
Les consommateurs français adaptent-ils leurs modes de déplacement à la crise économique ou intègrent-ils petit à petit les dangers du réchauffement climatique dans leur quotidien ? Un peu des deux, semble-t-il. Quelques signes ne trompent pas : en 2008, la consommation de carburants a diminué de 2,8 % par rapport à 2007. Et fin février 2009, la chute était de 7,6 % sur un an, selon l’Union française des industries pétrolières (Ufip). C’est la consommation de su­per qui a le plus reculé (- 8,2 % en volume), mais le gazole aussi a pris du plomb dans l’aile (- 0,9 % en volume) – or, depuis des décennies, c’était le carburant sur lequel les consommateurs avaient pris l’habitude de se reporter lors des pics d’inflation, en ­raison de son plus faible coût.

 

Côté rail, le trafic des trains express régionaux (TER) a crû de 60 % depuis 1999. Rien qu’au dernier trimestre 2008, les réseaux TER ont enregistré 13 % d’abonnés en plus. Enfin, entre 2006 et 2008, le nombre de vo­yages sur l’ensemble des réseaux de transports collectifs urbains de province a ­grimpé de 6 %, selon l’Union des transports publics et ferroviaires (UTP) qui fédère 170 opérateurs de bus, métros et tramways. En Ile-de-France, la ligne 13 du métro et le RER A, pour ne donner que deux exemples, sont constamment bondés.

Le ralentissement économique est une des explications de la mutation à l’œuvre dans les transports : les automobilistes ont globalement moins roulé l’an dernier, pour faire des économies. Mais d’autres modifient l’utilisation de leur voiture ; les spécialistes appellent ça le "découplage entre la possession et l’usage". En clair, tous les Français n’ont plus autant le "réflexe voiture".

Premières baisses de trafic depuis trente ans
"Sur certains trajets, pour certains motifs, à certaines heures, d’autres modes alternatifs à la voiture peuvent se révéler plus pertinents pour l’individu et la collectivité, soulignait en 2007 le Centre d’études sur les réseaux, les transports, l’urbanisme et les ­constructions publiques (Certu). La voiture est un mode parmi d’autres […], elle fait partie de la "boîte à outils" des déplacements". Le Certu prenait l’exemple des métropoles lilloise et lyonnaise où, en 2006, le nombre de déplacements quotidiens en voiture a ­commencé à baisser – "la première fois depuis ­trente ans" – en même temps que l’usage des trans­ports en commun continuait de progresser.

La déconnexion entre possession et usage de l’automobile se traduit aussi dans le phénomène de plus en plus populaire du covoiturage. De nombreux sites web proposent de mettre en relation offreurs et demandeurs ; le bénéfice est autant économique qu’éco­logique. Les choses bougent dans ce petit sec­teur : le groupe Norauto et la SNCF viennent par exemple d’investir un million d’euros dans la société Green Cove Ingénierie, propriétaire du site web 123envoiture.com qui revendique 350 000 utilisateurs (dont la moitié pour des trajets domicile-travail). L’objec­tif de l’opération est de développer des "so­lutions de covoiturage" pour les collectivités et les entreprises.

La voiture est-elle sur une voie de garage ? Peu y croient dans l’immédiat, tant cet objet reste pour beaucoup de Français synony­me d’autonomie de déplacement. Surtout, les politiques publiques tentent de sauvegar­der l’industrie automobile tout en la faisant passer au xxie siècle. En 2008, la création du bonus-malus en faveur des petites autos moins émettrices en dioxyde de carbone (CO2) a réorienté le marché : selon l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), le dispositif a permis, en un an, de réduire la quantité moyenne d’émission des voitures neuves de 149 à 140 grammes de CO2 par kilomètre.

Enfin, les voitures électriques et autres "véhicules décarbonés" ont le vent en poupe. Le groupe Bolloré devrait vendre ou louer en 2010 ses premières voitures électriques, dont l’autonomie dépasserait les 250 kilomètres. Mi-avril, le sauvetage du groupe Heuliez sem­blait aussi passer par l’électricité : c’est en tout cas ce qui a justifié les aides publi­ques annoncées dans le cadre de son redressement judiciaire.

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