Est-ce un yo-yo classique des prix ou un micmac opaque ? Le débat sur les prix des fruits et légumes a refait surface cet été à l’occasion de "déballages à prix réduits" organisés sur la voie publique et sur les parkings des hypers et supermarchés.
L’opération a commencé le 21 août, place de la Bastille à Paris, avec de très longues files d’attente. Elle durera jusqu’à mi-septembre, les vendredis et samedis, dans plusieurs régions de France. Le but est d’écouler les stocks dans une filière en crise de surproduction… et de sous-consommation. Aujourd’hui, beaucoup de Français n’honorent pas l’invitation du ministère de la santé à manger "cinq fruits et légumes par jour", en raison d’un souci de porte-monnaie dans un contexte d’inflation des denrées alimentaires, des matières premières et des coûts de transport. 17,4 % d’augmentation des fruits. Entre juillet 2007 et juillet 2008, l’indice des prix à la consommation calculé par l’Insee a crû de 3,6 %. Les prix des fruits ont augmenté en moyenne de 17,4 % – abricots, pêches, nectarines et melons en tête –, ceux des légumes de 2 % – chute des concombres et des courgettes mais hausse des salades et des tomates –, tandis que les tarifs de l’énergie (électricité, gaz et autres combustibles) et des transports prenaient respectivement 13,8 % et 7,7 %. Comme toujours, ces moyennes cachent des variations importantes. Prenons l’exemple du melon : le prix moyen au kilo a baissé de 3,40 à 3,05 € entre juin 2007 et juin 2008, mais a explosé entre juillet 2007 et juillet 2008, passant de 2,50 à 3,40 € ! La subite hausse s’explique par de gros problèmes d’approvisionnement. En août, la production est enfin arrivée en masse sur le marché, mais un peu tard. Du coup, les cours ont dégringolé : le 20 août 2008, les distributeurs achetaient un melon charentais jaune d’un kilo à 0,55 € au marché de gros de Rungis, soit presque trois fois moins que le 20 août 2007 ! Aujourd’hui, l’urgence est d’écouler les stocks. "Les marges des distributeurs ? Deux tiers du prix final !"
Le cas du melon n’est pas généralisable car chaque fruit, chaque légume a ses problèmes : production trop précoce ou trop tardive, trop faible ou trop massive… D’où des déséquilibres de prix en fonction des évolutions de l’offre et de la demande. Rien de nouveau sous le soleil, mais la situation interpelle toujours autant producteurs et consommateurs. Les uns s’inquiètent pour leurs revenus, les autres ont des comportements d’achat aussi oscillants que les stocks. Au-delà du yo-yo des prix, une question lancinante revient : les distributeurs compressent-ils trop les producteurs ? Baissent-ils suffisamment leurs marges ou font-ils peser les difficultés sur les agriculteurs ? La grande distribution est la première visée, car elle achète 70 % des fruits et légumes produits. Selon la Confédération nationale des syndicats d’exploitants familiaux (Modef), organisatrice du grand déballage du 21 août, les marges pratiquées par les cinq centrales d’achat des grands distributeurs et les grandes surfaces elles-mêmes sont excessives. "Elles représentent deux tiers du prix final payé par les consommateurs", s’indigne Raymond Girardi, secrétaire général du Modef. "Pour un kilo de tomates, par exemple, on me verse 60 centimes, alors qu’on le trouve ensuite dans les rayons entre 1,50 et 3 € ! Je ne peux pas négocier mes prix, les distributeurs sont bien plus libres que moi !". Pour rééquilibrer les relations commerciales, le Modef réclame donc un contrôle des marges et un retour – bien improbable – à la régulation des prix. Trois kilos de nectarines à 4 euros La liberté de fixer les prix a pourtant du bon : les agriculteurs présents le 21 août à la Bastille vendaient trois kilos de tomates à 5 € et un melon de moins d’un kilo à 1,50 € – des prix proches de ceux pratiqués par certaines grandes enseignes. Quelques clients l’ont remarqué. "Mais je préfère donner directement mon argent aux bichonneurs de belles rouges", lance l’un d’eux. A l’inverse, les trois kilos de nectarines vendus 4 ê étaient bien plus intéressants qu’en supermarché ! Conclusion : les marges pratiquées par les vendeurs, quels qu’ils soient, sont source d’inflation.
Pour le gouvernement, une porte de sortie possible se trouve dans la libre négociabilité des tarifs entre fournisseurs et distributeurs instaurée cet été par le Parlement avec la loi de modernisation de l’économie. Dans cette perspective, des groupements de producteurs auraient tout intérêt à s’organiser pour peser.
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