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INC Hebdo N°1479 (12/06/08)

La Fnaut poursuit Saab en justice pour publicité écologiquement trompeuse
Parce qu’elle roule au superéthanol E85, le constructeur suédois fait de sa voiture “9-3 BioPower” un modèle pour l’environnement. Alors même qu’elle est soumise au malus écologique.
«Saab, changez…» Le slogan du ­constructeur suédois pourrait bien se retourner contre lui si un procès faisait suite à la plainte déposée par la Fédération nationale des associations d’usagers des transports (Fnaut). Celle-ci a attaqué Saab pour «publicité fausse ou de nature à induire en erreur» (article L. 121-1 du code de la consommation). Le procureur de la République de Paris n’a pas encore donné suite.

“Greenwashing”
Quel est l’objet du courroux de la Fnaut ? Un «objet vert non identifié», comme le vante la publicité de la Saab 9-3 BioPower visible sur les sites web du constructeur. Cet «ovni» n’est autre qu’une voiture roulant au superéthanol E85, un mélange de supercarburant (de 15 à 35 %) et d’éthanol d’origine agricole (de 65 à 85 %). Saab vente un véhicule «plus écologique, plus économique et plus performant». Cette publicité pourrait bien devenir un exemple type de “greenwashing”, selon la formule désormais consacrée à ce phénomène d’instrumentalisation de l’environnement par des entreprises qui veulent se créer une image responsable alors qu’elles n’encouragent pas forcément de bonnes pratiques.

Quels sont les arguments de la Fnaut ? L’association estime que faire passer la Saab 9-3 BioPower pour une voiture «plus écologique» est une tromperie dans la mesure où elle émet de 189 à 216 grammes de dioxyde de carbone par kilomètre (g CO2/km) et qu’elle est ainsi soumise au malus écologique. La qualification de «plus économique», ensuite, est jugée mensongère car la voiture consomme de 8 à 11,7 litres aux 100 kilomètres. Enfin, l’association rappelle la difficulté de se fournir en France en E85 – il y a environ 160 stations –, un carburant par ail­leurs présenté comme «naturel» alors qu’il est le produit d’un procédé agro-industriel.

Au-delà de son action vis-à-vis de Saab, la Fnaut veut faire prendre conscience «aux cabinets publicitaires» et «aux supports de presse» de leur responsabilité. Les journaux qui ont diffusé cette publicité «pourraient être mis en cause dans une logique de responsabilisation future».

L’association de consommateurs pourrait porter plainte dans un autre dossier : celui de l’affichage des taux d’émission de CO2 dans les publicités automobiles. La Fnaut y travaille, au côté du Réseau action climat France (RAC-F). Là, il s’agit de faire condamner les publicitaires qui n’indiquent pas ces taux, en gros caractères, sur leurs affiches. La directive européenne 1999/94/CE du 13 décembre 1999 dispose en effet que les émissions de CO2 des véhicules doivent être «facilement lisibles, et au moins aussi visibles que la partie principale des informations figurant dans la publicité».

Aujourd’hui, selon le RAC-F, cet affichage est soit inexistant, soit très petit «sur 99 % des publicités pour voitures»… Pour tenter de ­faire bouger les choses avant un éventuel recours, le RAC-F a créé un site baptisé Affichez le CO2 ! Chacun est invité à envoyer, par mail, des photographies de publicités «fautives». Plus de deux cents internautes ont déjà joué le jeu *. «Les photographies envoyées par les citoyens sont ensuite transférées à la DGCCRF et au BVP, explique Olivier Louchard, coordinateur du RAC-F. Ils ne peuvent pas dire qu’ils ne sont pas au courant.» Le site Affichez le CO2 ! est décliné en plusieurs langues afin que le mouvement devienne européen.

*http://www.affichezleCO2.fr


L’Ademe et le BVP se fixent une feuille de route environnementale
Dans leur deuxième étude qualitative “Publicité et environnement”, le Bureau de vérification de la publicité (BVP) et l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) se posent de bonnes questions : «La pub fait-elle un bon usage des arguments environnementaux ? Quel usage pour les préfixes “éco” et “bio” ? Comment utiliser le qualificatif “durable” ?» L’étude veut «servir de base à l’appréciation, en 2009, du nouveau dispositif de régulation» qui se met en place dans le cadre de la réforme du BVP (cf. INC Hebdo numéro 1473).

Les résultats de l’étude soulignent qu’en 2007, sur 17 129 «visuels visionnés», 508 sont «liés à l’environnement» – c’est trois fois plus qu’en 2006. Sur ces 508 publicités, 92 ne correspondent pas aux règles du BVP : elles incitent au gaspillage de carburants, dénigrent un produit “éco-responsable”, restent confuses sur le caractère “propre” du produit vanté, ou tout simplement sont maladroites et n’utilisent pas l’argument environnemental à bon escient.


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