«Le chlordécone, pesticide utilisé contre le charançon du bananier, est très stable dans les sols et peut contaminer certaines denrées, ainsi que les eaux de certains captages.» Ainsi commence un document de la Direction générale de la santé (DGS), daté du 10 janvier dernier et remis à certaines associations locales. Y sont déclinées les mesures du “plan chlordécone 2008-2010” pour la Guadeloupe et la Martinique. Classé potentiellement cancérogène pour l’homme, fortement toxique pour les écosystèmes, le chlordécone est banni depuis 1976 aux Etats-Unis. Mais il a fallu attendre 1993 pour que son utilisation soit interdite aux Antilles françaises. Depuis, les signes de contamination se multiplient chez les habitants comme dans l’environnement. Potentiellement cancérogène A partir de 1999, sont mis en place «des plans locaux lancés par les préfets avec l’appui des comités de bassin». Mais il faut attendre octobre 2007 pour voir apparaître une action nationale : c’est le “plan chlordécone”, rédigé dans la foulée de la médiatisation du rapport de Dominique Belpomme. Ce cancérologue reconnu répète que 80 à 90 % des cancers sont causés par la pollution, même si le lien de causalité entre le chlordécone et les cancers aux Antilles ne peut pas être formellement établi. Le premier ministre décide de frapper fort : six ministères et les préfectures de Martinique et de Guadeloupe doivent mettre en œuvre des mesures d’ici à 2010. La DGS coordonne le tout. Le “plan chlordécone 2008-2010” comporte trois volets principaux. Le premier doit «renforcer la connaissance». Cela passe par des cartographies plus fines. Il faut «développer l’équipement des laboratoires d’analyse d’ici 2009, écrit la DGS, pour mieux connaître les modalités de transfert du chlordécone entre le sol, les plantes et les eaux». Le deuxième volet du plan a comme objectif plus immédiat de «diminuer l’exposition de la population au chlordécone». Le gouvernement entend abaisser les limites maximales de résidus (LMR) de chlordécone qui peuvent être présents dans les produits. Selon le document de la DGS, «un arrêté national sera publié d’ici fin février 2008»,qui devait fixer «des valeurs de LMR inférieures à celles de 2005». Viandes, céréales, fruits et légumes contaminés Problème : l’arrêté n’a toujours pas été pris. La Direction générale de la santé répond que ce sera effectif «au plus tard fin mai». Affaire à suivre. En tout cas, depuis 2005, les LMR de chlordécone sont de 20 microgrammes par kilo (µg/kg) pour les denrées cultivables sous climat tropical ou tempéré (agrumes, fruits tropicaux, maïs, canne à sucre, tous les légumes), de 10 µg/kg pour certains produits spécifiques aux régions de climat tempéré (blé, riz, pommes, poires, fruits à noyaux) et de 20 µg/kg pour les denrées animales. Ensuite, dans le document du 10 janvier, on lit que «pour veiller au respect de ces nouvelles LMR, les plans de contrôle et de surveillance seront renforcés début 2008». La DGS apporte aujourd’hui des précisions : les prélèvements de produits mis sur le marché seront multipliés afin de vérifier le taux de résidus de chlordécone. Ces prélèvements supplémentaires seront effectués par les directions régionales de la consommation, de la concurrence et de la répression des fraudes (DRCCRF) de Martinique et de Guadeloupe, et leur nombre passera «de 400 en 2007 à 1 400 en 2010». Par ailleurs, un conseil scientifique piloté par l’Institut de veille sanitaire (INVS) vient de voir le jour. Il doit rendre ses conclusions au premier trimestre 2009. Enfin, un troisième axe du dispositif prévoit d’améliorer la communication. Selon le document, un site web dédié spécifiquement à l’information sur le chlordécone devait être créé début 2008. Mais il ne sera finalement accessible qu’au mois de mai ou, «au plus tard», fin juin. |