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INC Hebdo N°1470

Maïs transgénique : «On doit à tout prix éviter une nouvelle crise de type “vache folle” !»
Sénateur UMP de la Manche, Jean-François Le Grand a présidé le comité officiel qui a rendu un avis défavorable au maïs Mon810. ..

...A l’occasion de l’examen du projet de loi sur les OGM, il entend se battre «bec et ongles» pour le respect de la biodiversité et de la santé humaine. Quitte à se fâcher avec ses collègues.

Le 19 mars, le Conseil d’Etat a confirmé la clause de sauvegarde pour le maïs Mon810. La culture de cet OGM est donc interdite pendant un an. Êtes-vous satisfait ?

Oui, très satisfait. Les arrêtés d’interdiction des 7 et 13 février ont été jugés légaux, ce qui souligne que le travail réalisé par le comité de préfiguration d’une haute autorité sur les OGM, que je présidais, a bien travaillé *. Il a bien évalué les dangers potentiels des organismes transgéniques. En effet, il y a des faits scientifiques nouveaux faisant douter de l’innocuité du Mon810. Parmi eux, la dispersion du pollen sur de grandes distances et les effets possibles sur la flore et la faune – notamment le lombric.

Dans un an, le maïs Mon810 pourra-t-il être de nouveau semé en France ?
Je ne sais pas. Je peux simplement dire que l’Union européenne étudiera la décision française : c’est la procédure normale. Mais je crains que l’Europe n’aille pas dans le sens de la France, car son évaluation se fonde sur des critères vieux de dix ans ! Sachez que les firmes peuvent aujourd’hui estimer qu’un de leurs produits n’est pas dangereux… sans apporter de preuve ! C’est ubuesque.

Que peut, que doit faire la France ?
Elle doit pousser à la réécriture des protocoles européens d’évaluation des plants OGM. La présidence française de l’Union, assurée par Nicolas Sarkozy, a l’occasion de s’emparer de ce sujet. Je le lui demande. Les 27 Etats membres doivent avoir le même processus, un processus qui consacre le principe de précaution. Les pays seraient libres de contester les interdictions d’OGM, mais ils devraient apporter des preuves. On renverserait le système actuel.

Après le vote au Sénat le 8 février, le projet de loi relatif aux OGM sera examiné la première semaine d’avril par les députés. Iront-ils plus loin que les sénateurs ?
Je l’espère fortement, parce que le Sénat a voté un texte qui répond aux lobbies mais pas aux craintes des citoyens ! J’ai voulu introduire des amendements… qui n’ont pas été bien appréciés par mes collègues sénateurs de la majorité.

Vous avez même dû les retirer…
Oui, et je le déplore. Je reproche au groupe UMP d’avoir voté comme un seul homme, d’avoir donné la priorité au monde industriel. Le Sénat est passé à côté de la plaque pour satisfaire un lobby. L’esprit du “Grenelle de l’environnement” a été abandonné.

Il est certain que je suis ultra-minoritaire dans mon groupe. Cela me vient de ma formation de vétérinaire: j’ai toujours eu un regard très sensible sur l’environnement, et je crois que l’homme et la nature doivent cohabiter pacifiquement.

Quelles sont vos priorités ?
Je souhaite que la future haute autorité sur les OGM garantisse un poids de la société civile équivalent à celui de la communauté scientifique. C’est ainsi que le comité de préfiguration a fonctionné, et bien fonctionné !

Deuxièmement, les agriculteurs doivent pouvoir choisir leur mode de production : ils pourraient produire de façon conventionnelle, avec OGM ou biologique tout en cohabitant. On doit ainsi garantir l’étanchéité des trois systèmes entre eux. Il y aurait un critère fondamental : le producteur qui voudrait faire des OGM n’en aurait pas le droit s’il y a un champ bio à quelques kilomètres. Il faut donner la priorité à celui qui ne contamine pas et qui ne dissémine pas. C’est le“contaminant” qui doit se couvrir et donc souscrire à un régime d’assurance spécifique.

Enfin, la loi doit inscrire un devoir de respect de la biodiversité et de la santé humaine.

Le Sénat a-t-il voté des dispositions qui ont trouvé grâce à vos yeux ?
Oui, deux. D’abord, le registre national qui répertoriera toutes les parcelles d’OGM en France, avec leurs numéros inscrits au cadastre. Mais le Sénat n’a pas, en parallèle, garanti la liberté du système de production agricole. Ce registre, tout seul, ne fera donc qu’exacerber les tensions entre les agriculteurs.

Ensuite, la pénalisation du fauchage a été entérinée. C’est une question de respect du bien d’autrui. Je suis même favorable à une expérimentation des OGM en plein champ, mais sous contrôle strict. Nous avons besoin de réponses scientifiques supplémentaires sur l’ampleur des contaminations et des disséminations. Pour retrouver une sérénité, nous devons développer notre connaissance scientifique.

En tout cas, je souhaite me battre. Lors du deuxième passage du texte au Sénat, je défendrai mes positions bec et ongles. Je préfère l’inconfort de mes convictions. On doit à tout prix éviter une nouvelle crise de type “vache folle” ou “bébés Distilbène”. La science doit être maîtrisée.

* L’avis du comité de préfiguration sur le maïs Mon810, rendu le 9 janvier dernier, est téléchargeable via :http://www.developpement-durable.gouv.fr/article.php3?id_article=2762

> Plus d’info : 
A lire et à voir, Le monde selon Monsanto, de Marie-Monique Robin : une enquête solide sur le leader mondial des OGM, publiée sous forme de livre aux éditions La Découverte (370p., 20 euros)… et objet d’un film documentaire visible sur le site web d’Arte :  http://www.artevod.com/programDetails.do?emissionId=2526  (ne fonctionne qu’avec Windows).

 
Un sénateur sensible aux préoccupations environnementales
•Né en 1942. Vétérinaire de formation.
•Sénateur de la Manche depuis 1982. Membre des groupes d’études du Sénat sur l’eau, sur l’économie agricolealimentaire, sur l’énergie…
•Président fondateur, en 1991, du parc naturel régional des marais du Cotentin et du Bessin.
•Président du conseil général de la Manche depuis 1998.
•Nommé par le ministre de l’écologie Jean-Louis Borloo, en décembre 2007, à la tête du comité de préfiguration d’une haute autorité sur les organismes génétiquement modifiés.

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