Deux études montrent que les répartiteurs installés sur les radiateurs incitent les habitants à faire des économies d’énergie et permettent de réduire leur facture de 10 à 20 %. Comment économiser deux millions de tonnes de CO2 par an ? L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) a trouvé la solution : «Il faut absolument que les copropriétés et les gestionnaires d’immeubles HLM chauffés collectivement aient recours à l’individualisation des frais de chauffage», explique son directeur adjoint “air, bruit et efficacité énergétique”. Cinq millions de foyers concernés Le 12 juin, l’Agence a présenté les deux études commandées par le Syndicat de la mesure * et menées sur 260 logements chauffés collectivement situés dans sept sites d’offices HLM et de copropriétés de standing. Des répartiteurs de chauffage ont été installés sur les radiateurs de chaque logement sur la période 2004-2006. Ces appareils permettent d’évaluer la consommation de chacun. Ils sont loués aux copropriétés ou aux sociétés gérantes des immeubles par des sociétés de service qui assurent ensuite le relevé des consommations. Les gestionnaires peuvent alors facturer aux occupants leurs frais de chauffage réels. La première étude – confiée au Centre d’études et de formation pour le génie climatique et l’équipement technique du bâtiment (Costic) – a permis d’établir les économies engendrées. Les usagers ont changé de comportement avec les répartiteurs de chauffage : ils réduisent ou ferment les radiateurs de certaines pièces dès que les températures s’adoucissent ou lorsque le logement est inoccupé. Ainsi ont-ils réduit leur consommation de 10 à 20 % selon les cas. Ce qui équivaudrait à deux millions de tonnes de CO2 si on pouvait étendre ces pratiques aux cinq millions de logements chauffés collectivement en France. Bien sûr, tous les habitants ne changent pas leurs habitudes. Toutefois, la seconde étude – réalisée par un sociologue du Centre d’étude et de recherche travail organisation pouvoir (Certop) – montre qu’au moins 30 % des habitants concernés ont modifié leur comportement. «Cette proportion est importante pour un dispositif récemment installé sans avoir fait l’objet d’une grande action de communication», souligne l’Ademe. Certes, l’individualisation du chauffage a surtout modifié les pratiques des personnes bien informées et déjà sensibilisées aux économies d’énergie. Mais la plupart des habitants ont une opinion favorable vis-à-vis de l’individualisation, et huit personnes sur dix estiment envisageable de changer leurs habitudes. Des syndics peu motivés Reste que certains n’ont pas pu réguler leur consommation, les robinets de leurs radiateurs étant bloqués ou défectueux. Par ailleurs, les syndics s’avèrent peu motivés : ils perçoivent l’individualisation comme une opération qui nécessite une dépense, une information et une charge de travail supplémentaires. L’Ademe rappelle qu’aujourd’hui seuls 10 % des logements “équipables” bénéficient de l’individualisation du chauffage. Pourtant, depuis 1974, le comptage individuel du chauffage est obligatoire dans de nombreux immeubles (article L. 131-3 du code de la construction et de l’habitation). En Allemagne, le taux d’individualisation est de 95 % : là-bas, la loi autorise un locataire qui habite un logement non équipé à déduire de sa facture 15 % du prix de ses charges de chauffage…
* Il regroupe les entreprises œuvrant dans les domaines de la conception, la fabrication et la maintenance des appareils de mesure. |