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INC Hebdo N°1418 (29/01/07)

L’eau du robinet contre-attaque

La société d’économie mixte Eau de Paris poursuit en justice la marque Cristaline pour non-respect des dispositions en matière de publicité comparative.

 

La mairie de Paris et Eau de Paris, la société d’économie mixte chargée de la production et du transport de l’eau parisienne, ont décidé d’engager une procédure pénale contre la marque Cristaline «pour sa campagne de publicité qui porte atteinte à l’image de l’eau du robinet et à la qualité du service public de l’eau». En effet, dans sa dernière affiche apposée en Île-de-France, la marque d’eau de source n’hésite pas à déclarer : «Qui prétend que l’eau du robinet a bon goût ne doit pas en boire souvent.»

 

Eau de Paris estime que les dispositions du code de la consommation relatives à la publicité comparative n’ont pas été respectées. Son article L. 121-9 interdit notamment qu’une publicité comparative «entraîne le discrédit ou le dénigrement des […] services, activité ou situation d’un concurrent».

 

Cristaline avait également prévu de diffuser deux autres affiches encore plus polémiques : l’une alléguait que l’eau du robinet contenait du plomb, des nitrates et du chlore, tandis que l’autre mettait en avant le fait que cette même eau servait tout autant à la boisson qu’aux WC. Ces affiches ne seront pas diffusées, à la demande du Bureau de vérification de la publicité (BVP). Ce dernier avait pourtant émis un avis négatif avant même la diffusion de la première affiche, mais la marque l’avait ignoré.

 

La ministre de l’écologie a très vite réagi face à «ce procédé de dénigrement qui risque de créer chez les consommateurs des craintes infondées». Nelly Olin rappelle que l’eau du robinet est le produit alimentaire le plus surveillé, et qu’elle provient en majorité de sources souterraines. D’ailleurs, près de Saint-Nazaire, Cristaline est puisée dans les mêmes nappes que l’eau distribuée aux robinets de la région.

 

Moins chère, moins polluante…

La ministre, tout comme de nombreuses organisations de défense de l’environnement, insiste sur les avantages de l’eau du robinet : elle peut coûter de 100 à 300 fois moins cher que l’eau en bouteille ; elle est fournie sans emballage, ce qui économise 10 kg de déchets par an et par personne ; elle évite de consommer du carburant, contrairement à l’eau transportée par camion dans des bouteilles fabriquées – qui plus est – à partir de pétrole.

 

Les associations France nature environnement (FNE), Agir pour l’environnement et la Confédération générale du logement (CGL) notent d’ailleurs que «de nombreuses dérogations sont octroyées aux eaux de source embouteillées, lesquelles contiennent parfois de l’antimoine (dû au PET [polyéthylène téréphtalate] constituant leur emballage) ; et les conditions ainsi que la durée de leur stockage avant consommation ont des incidences sur leur contenu (ce qui est d’ailleurs rappelé sur les étiquettes)».

 

L’Union nationale des associations familiales (Unaf) a également fait part de sa désapprobation vis-à-vis de Cristaline : «Cette campagne risque de nuire aux efforts d’incitation menés depuis des années par les associations de consommateurs et de protection de l’environnement pour l’utilisation de l’eau du robinet.»